Le canal Jean NATTE.

Certains d’entre vous s’étonnent peut être de voir de l’eau couler régulièrement dans le caniveau recouvert d’une grille en fonte qui sépare la chaussée du chemin de la Font de l’Ange et la descente vers le parking en sous-sol de la résidence du Roqueirol ou encore, quelques mètres plus loin de voir de l’eau passer dans le collecteur des eaux pluviales qui se trouve à la jonction entre notre rue et la voie d’accès vers le Fontange et le Château d’Argent.

Un canal dans le chemin de la Font de l’Ange !

Si vous êtes soucieux de l’environnement, ne vous irritez pas à cette vision, il ne s’agit pas d’une eau gaspillée qui s’écoulerait dans le réseau d’assainissement de la ville, mais d’une partie du Béal ou canal Jean Natte qui depuis le 15ème siècle approvisionne la ville de Hyères en eau courante.

Aujourd’hui ce canal pourrait servir nos intérêts en nous laissant présagez quelques économies si nous voulons bien y prêter attention.

Cet article est inspiré du site « Histoire de l’eau à Hyères » voila quelques informations sur ce précieux canal.

L’histoire de l’eau à Hyères.

Jusqu’à la moitié du 15 siècle, les habitant de la ville de Hyères, protégés par les remparts de la ville, consomment l’eau de la nappe phréatique puisée dans les quelques puits artésiens existants, mais aussi l’eau de pluie récupérée et stockée dans des citernes creusées à même la roche.

La qualité de cette eau, conservée dans des conditions d’hygiène parfois discutables est certainement à l’origine de la propagation de maladies comme la typhoïde, la peste qui faisaient des ravages à une époque ou les bactéries et les bacilles étaient encore inconnues de l’homme.

Dans la plaine rurale qui s’étend sous la ville, les paysans cultivent essentiellement des légumineuses (fèves, haricots, pois chiches) et des céréales qu’ils arrosent avec l’eau des puits.

Quelques sources sont connues et quelques cours d’eau ou rus à sec, drainant les eaux de ruissellement, apportent une alimentation en eau irrégulière. Il faut donc se rendre à l’évidence que seul, le fleuve du Gapeau, situé plus au nord, traversant la plaine de La Crau et contournant la ville de Hyères par l’Est pour se jeter dans la rade au niveau des Salins, est la seule alimentation en eau suffisamment abondante pour assurer le fonctionnement des industries artisanales de savonneries, des moulins à grains de l’époque et assurer l’arrosage des jardins.

Le projet de canal.

Le projet est né, vers l’an 1455, de la rencontre de Rodulf de LIMANS, citoyen de la ville de Hyères avec Jean NATTE ingénieur civil. Si le premier imagine détourner une partie des eaux du Gapeau pour les amener jusqu’à Hyères afin d’alimenter les moulins, le deuxième, Jean NATTE, à l’étude de la configuration du terrain va juger le projet de canal réalisable en captant le Gapeau dans la plaine de La Crau pour ensuite contourner le mont du Fenouillet par l’ouest pour arriver jusqu’à notre ville.

Tracé du Béal Jean Natte
Le projet de canal de l’ingénieur Jean Natte.
(photo extrait du site “Histoire d’eau à Hyères”).

Ce projet, osé techniquement pour l’époque, est jugé impossible à réaliser par le conseil communautaire. Il provoque la raillerie des habitants. Cependant le citoyen Rodulf de LIMANS et l’ingénieur Jean NATTE qui sont persuadés du bien fondé et du réalisme de ce projet vont persister dans leur démarche en s’adressant directement au « Bon » Roi René, duc d’Anjou qui accordera sa confiance en donnant à la ville de Hyères l’ordre de s’exécuter dans ce sens.

Pour satisfaire la volonté du Roi René, Bernard de ABISSO, viguier (juge) de la cour royale à Hyères réunit un conseil général communautaire extraordinaire. Devant les représentants locaux et une foule venue nombreuse, Rodulf de LIMANS et Jean NATTE vont se montrer persuasifs en formulant les détails de cette entreprise. Ralliant l’assemblée à leur cause, les représentants locaux se soumettent et le viguier décide de conclure une convention en nommant l’ingénieur Jean NATTE comme conducteur de l’eau.

La convention.

Suite à ce conseil extraordinaire, une convention destinée à cerner les modalités de construction, de financement et les obligations de chacun est signée le 27 décembre 1458 entre la communauté de Hyères et l’ingénieur Jean NATTE. Celui-ci est désigné comme maître d’œuvre du projet.

Dans cette convention retenons ce point essentiel :

« Tant au-dessus qu’au-dessous des moulins, les particuliers possédants bien (ayants droit) acquerront la faculté, l’autorité de se servir et d’utiliser l’eau pour l’arrosage de leur(s) propriété(s) et pour d’autres nécessités, la lessive par exemple. »

Initialement prévue pour durer 2 ans, l’eau n’arrivera à Hyères après un chantier qui aura duré 20 ans et qui aura nécessité le financement des communes pour un montant de 2000 florins or et une participation humaine sous la forme de levée d’une corvée collective avec une présence de 6 hommes/jour en moyenne.

Le Canal.

En 1459, dans un premier temps, l’écluse située à l’origine du canal, est construite en bois sur piétement en pierre. Elle détermine le point de départ du béal.

L’écluse point de départ du béal.

Initialement le canal est creusé directement dans la terre comme un “ruisseau” dans les parties en déblais. Son tracé suit donc les courbes de niveau du terrain en faisant les sinuosités correspondantes.

Le canal a les caractéristiques suivantes :

  • Son origine se situe vers le Domaine de La Castille à l’intersection actuelle des limites des communes de La Crau, La Farlède, Solliès-Ville et Solliès-Pont).
  • Le niveau de départ se situe à la côte 40m. NGF environ (Niveau Général de la France).
  • Une longueur de 9367m ( du barrage jusqu’aux 1er moulin) pour une largeur de 2,00m et 1,20m de hauteur env. (certains tronçons font 2,50m x 1,00m env.)
  • Sa pente n’est que de 2,34m sur l’ensemble de son parcours soit environ 2 mm / 10 mètres.
  • L’arrivée principale, au 1er moulin (Rue de Limans à Hyères) est au niveau 38,00m NGF environ.

Lorsque l’eau arrive enfin à Hyères vers 1480, Jean NATTE meurt et c’est son fils Pierre qui prend le relais. Il aura donc fallu 20 ans pour que l’eau arrive à Hyères.

L’usage du canal.

Le canal est destiné au fonctionnement des 3 moulins dont la construction, décidée dans la convention de 1458, débutera après l’arrivée de l’eau à Hyères. Leur mise en service s’effectuera en 1489 soit 30 ans après le début du canal et tous, propriétaires, artisans, paysans trouvèrent un profit intéressant à ce projet enfin accompli.

Le moulin ” d’Intré ” (entrée de ville rue de Limans) est abandonné vers 1866, celui ” du Mitan ” (milieu) vers 1878 et celui ” d’En bas ” vers 1880. Les moulins auront fonctionné environ 280 années.

L’arrosage.

L’arrosage est la deuxième raison d’être du canal. Au fil des siècles la nécessité d’une réglementation pour l’utilisation de l’eau d’arrosage est devenue indispensable pour répartir uniformément les besoins de chaque utilisateur et limiter les prises illégales pouvant entraîner un débit insuffisant pour le fonctionnement des industries et des moulins.

Cette réglementation aura pour objet de déterminer qui à droit à l’eau, pour quelle utilisation (taille de la prise d’eau ou « espancier ») et enfin la durée d’utilisation (jour, heure, durée).

Un espancier.

Cette réglementation évoluera dans le temps avec entre autres la nomination en 1528 d’un « béalier » ayant pour mission de faire respecter les règles d’utilisation sur le parcours du canal et en 1845 la création d’une taxe proportionnelle à la taille des prises d’eau (espancier) permettant à l’eau d’irriguer les propriétés.

L’évolution du canal.

Depuis sa création, le canal a subi de nombreux travaux pour améliorer son débit et notamment le remplacement de l’écluse en bois sur le Gapeau à la Castille par un ouvrage maçonné et l’aménagement du lit du canal creusé à même la terre par un radier sur toute sa longueur et l’aménagement en maçonnerie des parois à certains endroits pour améliorer son rendement.

Remarquons notamment les travaux réalisés dans le quartier des Arquets à l’entrée sud de La Crau ou le canal qui suivait les courbes de niveaux du terrain dans un parcours sinueux a été rendu rectiligne par un radier supporté par des arches à 2 mètres au dessus du niveau du terrain naturel. Cet ouvrage remarquable est devenu un élément décoratif qui embellit aujourd’hui l’entrée de la ville sans perdre son rôle pour le transport de l’eau.

Le canal dans son radier surélevé mis en valeur à la sortie de La Crau.

Le tracé du canal.

Le tracé du canal qui part de la Castille nous intéresse surtout dans la partie proche de notre quartier du centre ville de Hyères.

Le canal Jean NATTE lors du passage sous la rue Eugénie.

Circulant dans un réseau enterré dés l’entrée dans la ville, le canal après avoir longé la rue de Limans, apparaît brièvement, mis en valeur sous une passerelle de verre, dans la traverse du Béal a l’emplacement du moulin d’Intré aujourd’hui disparu. Ensuite il descend, de nouveau recouvert, le long de l’avenue Gambetta pour bifurquer et longer la rue de Brest. Il distribue l’eau à la fontaine aux animaux en haut du square Stalingrad et se dirige à présent vers la médiathèque en empruntant le réseau des eaux pluviales. Au niveau de la médiathèque, il se partage pour rejoindre d’un coté par l’avenue Ambroise Thomas le jardin Olbus Riquier où il alimente les bassins et participe à l’arrosage des espaces plantés et de l’autre coté, il descend par le chemin de la Font de l’Ange pour se jeter en final dans le Roubaud au niveau de l’entrée Ouest du Parc Olbus Riquier.

Le canal apparaît à plusieurs lieux dans Hyères.

Nous sommes donc riverains de ce canal qui permettait autrefois l’irrigation des campagnes où se trouve notre résidence et qui est encore aujourd’hui utilisé pour l’arrosage des jardins riverains sur son passage.

Le canal de nos jours.

Après avoir fait l’objet de plusieurs transactions et transferts de propriété depuis sa création, le canal est devenu le 5 mai 1866, (période de Napoléon 3), la copropriété des communes de La Crau (3/8) et d’Hyères (4/8), qui doivent entretenir et curer le Béal. A ce jour, les frais sont répartis pour l’entretien du canal : au prorata de 2/5 pour la ville de La Crau et 3/5 pour la ville d’Hyères et pour l’entretien du barrage : au prorata de 4/5 pour la ville de La Crau et 1/5 pour la ville d’Hyères,. (information ASILAC Jean Natte).

Pour faire fonctionner les moulins à l’époque de sa création le canal devait fournir un débit important indiqué dans un rapport de 1843 à 306 litres/secondes. Les améliorations apportées permettent aujourd’hui d’atteindre un débit initial maximum de 1000 litres/secondes soit 8600 m³/jour. Ce débit pourrait satisfaire la consommation estivale de la ville de Hyères qui est de 25000 m³/jour .

En ce qui nous concerne en tant que riverains le volume d’eau dont nous pourrions bénéficier, serait fonction de notre pompe sachant que nous pourrions compter sur un volume passant qui reste aux alentours des 25 litres par seconde, soit prés de 2500  m3 jour, sous réserve de prendre pour unique dépense une adhésion annuelle de 50 € à l’association qui gère et protège le canal.

Et pourquoi pas utiliser à notre tour l’eau du canal Jean Natte pour l’arrosage de nos espaces verts en adhérant à l’ASILAC . Nous ferions de sérieuses économies sur l’eau de la ville et nous rendrions ainsi hommage à l’initiative de ces deux concitoyens, Rodulf de LIMANS et Jean NATTE qui, en réalisant ce projet, ont servi la ville et des générations de Hyérois.

P.A

Sources :

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